Citoyens Capteurs : Technique et politique d’une mesure citoyenne de la pollution

La pollution atmosphérique est un grave problème de santé et nous devons absolument redoubler d’efforts pour en atténuer les répercussions. (…) Si nous contrôlons et gérons l’environnement correctement, nous pouvons réduire considérablement le nombre de gens qui souffrent d’affections respiratoires et cardiaques, et de cancer du poumon. Partout dans le monde, l’air des villes est souvent pollué par les gaz d’échappement, la fumée des usines ou la suie des centrales électriques qui fonctionnent au charbon.
« Relever le défi mondial de la pollution atmosphérique », Organisation Mondiale de la Santé, Septembre 2011

Le projet « Citoyens-Capteurs » (BEESENS) s’inscrit dans le champ foisonnant des smartcities où se croisent des problématiques environnementales, politiques et technologiques qui dépassent le cadre des Etats eux-mêmes –l’air par définition ne connaissant par les frontières. Il vient prendre au sérieux le fait que les citoyens, par le biais de leurs technologies de communication représentées par Internet et le mobile, disposent d’outils de production et d’interprétation de données en tout genre qui peuvent potentiellement servir à améliorer leur cadre de vie.

L’enjeu de ce projet touche fondamentalement à la co-production citoyenne d’une connaissance située de son environnement et s’inscrit également dans la politique des biens communs (air, eau, information, etc.) dont il faut rappeler le caractère vital pour nos sociétés urbanisées. Des biens communs dont les citoyens peuvent être les veilleurs et les interprètes à travers des outils de communication qui leurs sont personnels et dont les données doivent volontairement être libérées et partagées pour être ensuite réutilisées et réutilisables au profit à la fois de la qualité de l’environnement et de l’innovation entrepreneuriale.

En partenariat avec des collectivités locales, organismes de surveillance de la qualité de l’air et des structures ouvertes de type Living Labs, le projet Citoyens Capteurs vise quatre objectifs :

  • Réaliser un prototype de captation de pollution atmosphérique urbaine (dioxyde d’azote, ozone et particules, etc.) sur la base de technologies électroniques ouvertes (Microcontroleurs Open Hardware de type Arduino/ATmega) qui puisse être répliqué facilement pour des coûts modestes dans le cadre d’ateliers réunissant des publics profanes.
  • Assister les « Citoyens Capteurs » dans le déploiement de leur propre dispositif de captation dans leur environnement proche afin qu’ils soient en capacité de co-produire des mesures situées de pollution et d’être informés par eux-mêmes des taux de polluants concentrés à l’endroit où ils ont choisi d’installer leurs capteurs (domicile, travail, en mobilité –voiture, bicyclette, etc.).
  • Développer une interface permettant de collecter par Internet et/ou par les technologies de mobilités (3G, Wifi, Zigbee) les informations émises par les capteurs réalisés dans les différents ateliers ou à partir de plans, tutoriaux et kits disponibles sur un site web dédié au projet.
  • Fournir une API ouverte et structurée sur la base d’un langage de programmation interopérable permettant à des entreprises, collectivité territoriales, laboratoires scientifiques, etc. d’avoir accès de manière totalement ouverte, renseignée et en temps réel à ces données pour les exploiter dans le cadre de services et d’applications innovantes (GIS, applications mobiles et AR, applications à vocation médicale –alerte, monitoring- et assistance aux programmes publics et privés de réduction des émissions de polluants).

Dans ces ateliers, il sera question d’aborder à la fois ce qui touche à la pollution et à sa mesure (des composants chimiques et leurs origines jusqu’aux questions d’étalonnage des capteurs), ce qui touche au montage électronique du dispositif, de sa réplicabilité à sa dissémination et enfin ce qui concerne la mise à disposition publique des données ainsi partagées, supposant d’aborder, depuis les usages, les problématiques de standards et de bonnes pratiques.

S’il existe aujourd’hui de nombreuses agences publiques ou privées chargées de surveiller la qualité de l’air, sa composition et son évolution, il apparaît important à des fins de connaissance, d’alerte, de sensibilisation et de prévention de mettre la mesure à la portée des citoyens à travers cette plateforme qui réunit des solutions innovantes en matière d’user driven data et d’open hardware data. Les agences de surveillance de la qualité de l’air en appellent elles-mêmes à ce type de déploiement bottom-up permettant d’affiner leurs mesures et de les replacer à l’échelle de chaque individu. Il s’agit de donc de donner les ressources cognitives et les moyens techniques aux habitants afin de produire un savoir localisé partie prenante de l’intelligence collective des villes du 21ème siècle. La visée de cette street science est d’apporter des éléments contextuels dans la construction scientifique de la mesure de la pollution permettant de l’adapter si besoin. Elle vient nourrir l’activité des différentes parties prenantes du projet à la fois du côté des services internet qui en seront générés et du côté des politiques publiques environnementales et de santé publique.

Plus d’informations sur https://www.facebook.com/citoyens.capteurs

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